Ernesto Novo, peintre du vivre ensemble

La vie est à ceux qui veulent la sentir palpiter ; en faire l’expérience, s’y livrer sans pudeur, voire l’éprouver au plus intime ; dans un corps à corps qui n’exclut pas une appétence amoureuse. En amour comme dans la vie, il faut franchir le pas. Ainsi la peinture d’Ernesto Novo est un récit de voyage.

Le voyage témoigne à la fois d’un lieu de mémoire et d’une dédicace. D’abord la dédicace, aux êtres qui jalonnent ses pérégrinations de si engagement pour les autres. Ainsi, de façon symptomatique cette attitude sensible envers les exclus de la pensée dominante, trouve-t-elle à s’exprimer, parmi les tous premiers murs, à travers le portrait de deux résistantes Geneviève Anthonioz De Gaulle et Germaine Tillion, à l’occasion de leur entrée au Panthéon. Les murs suivant seront à la même source d’inspiration. Que ce soit le masque traditionnel Baoulé qui lui sert à dénoncer le découpage des États modernes dû à l’exploitation coloniale pendant des siècles. Ou le portrait du Napoléon noir, j’ai nommé Toussaint L’Ouverture qui donna son indépendance à Haïti, comme pour expliquer aux frères africains qu’une organisation est possible et que le combat continue.

” La vie est l’art de la rencontre ” selon Vinicius de Moraes, il n’est pas besoin d’avoir une chaire de philosophie au Collège de France pour l’entendre. Le peintre a la même devise à cela près qu’elle est magnifiée dans une autre discipline. Dédicacer, c’est donner du sens, orienter la lumière dans les ténèbres, désigner dans la lorgnette de chacun ceux qui sont oubliés de tous.

Le lieu de mémoire ensuite, c’est de trouver dans une œuvre la qualité de ce que nous projetons de personnel dans la mémoire collective. En histoire Verdun est le lieu de mémoire de la boucherie de la guerre, Ravensbrück celui de l’horreur devant la rationalité de la haine et la Résistance enfin le patriotisme républicain.

Les carnets de voyage de Ernesto Novo sont caractéristiques de la collecte des impressions sur les lieux ou les gens qui les habitent. Il y vibre les souvenirs qui font écho à notre mémoire. À travers ses carnets l’artiste nous invite au rendez-vous avec les valeurs que son travail présente. Ouverture d’esprit et de cœur, capacité au don de soi, la solidarité… En les partageant nous nous y retrouvons. Parce qu’elles tendent spécifiquement vers l’universalité, elles ne manquent généralement pas d’atteindre au particulier. L’artiste nous enrichit de la sensibilité de son partage ; de la teinte de sa vision personnelle, dans cette triangulaire où il nous inscrit avec ses modèles et lui-même. Il ne suit pas de chemin tout tracé, il crée le sien et laisse une trace. Et, ce faisant : il nous retrace.

Article écrit par:

Sigismond Cassidanius, un artiste polymorphe qui participe à un groupe de collagistes, fait des pochoirs, écrit des textes de présentation d’expositions et anime un groupe dédié au street-art. Il s’intéresse au mouvement des arts de la rue depuis les années 90 où il fonde l’association Jonas qui se rendra publique avec l’occupation du Lycée Diderot (Pole-Pi) en 1995 et la première fresque rue Ordenner, en 1999. Après des études de formation à la connaissance des banlieues en anthropologie ouvrière, il s’oriente vers l’éducation populaire où il commence comme animateur avant d’assumer la direction de plusieurs centre de loisirs dans des quartiers difficiles pendant une quinzaine d’années. Aujourd’hui, il partage sa passion des arts urbains à travers ses visites et son soutien  à la Friche Trois-Couronnes à Belleville. 

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