La peinture de rue à Paris en mémoire de George Floyd  (comme tribut aux victimes des violences policières en France)
@Photo credit: Sigismond Cassidanius

Il y a eu dès le premier week-end après la disparition de George Floyd, des peintures de rue le célébrant son souvenir, de par le monde, notamment en Europe, à Berlin où j’ai vu la pièce de Eme Freethinker apparaître à travers les réseaux sociaux, dès le 30/05, la première pièce que je vis, puis ce fût le portrait de George Floyd à l’endroit même où il est décédé à Minneapolis, là où les fleurs et les bougies le saluaient. Surtout, il y a eu après la manifestation pour une révision du cas de Adama Traoré, une collusion de cause et une assimilation du martyr de l’américain avec les victimes en France. En effet, on a vu fleurir aussi, des dédicaces pour Adama, comme d’autres exemples des violences : Zyed et Bouna (2005), Malik Oussékine (1986), Steve (2019).

BerthetOne, Tcheko, Kraken, Sowat et Lek, le MUR 93 à Saint-Denis, 93 : 02/06

Les artistes qui ont pour la plupart leur atelier à Saint-Denis, capitale historique de la Seine-Saint-Denis, n’ont pas tardé à investir au moins deux lieux. Sur la vitrine officielle de la création graffiti dans le 93, le MUR. Une fresque portant les dernières paroles de George Floyd en lettres géantes, à la manière du graffiti, remplies par des couleurs et des détails des violences policières, face à ce qu’il est convenu d’appeler des violences urbaines. Tout de suite, le lien est fait entre Adama Traoré, Zyad et Bouna (dont les décès avaient provoqué le soulèvement des banlieues nord-est de Paris en 2006), Steve (juin 2019) et l’américain étouffé. C’est la même solidarité qu’il s’agit d’exprimer en quelques traits qui saisissent le paradoxe entre la vie en ville, qu’on peut qualifier de facile parce qu’elle met toutes les fonctions à disposition immédiate : culturel et des loisirs, sociale, économique, des soins, de l’accès aux commerces… mais pour ceux parmi les citoyens qui peuvent se les offrir, ou s’autoriser à en profiter, la fonction culturelle notamment, car la violence symbolique est intégrée et rejaillit sous la forme d’une auto-censure.

Les artistes du 93 ont été ainsi fidèles à leurs valeurs et ont ce mérite d’avoir réagi rapidement, simplement parce qu’ils sont concernés. Car ils ont grandi dans cette France qu’on appelle des quartiers et ils savent qu’une solidarité spontanée s’y établit entre les habitants, pourvus qu’ils travaillent à améliorer leur vie avec courage plutôt qu’à améliorer le quotidien par des petits-trafics.

@Photo credit: Jorge Marques, Le MUR 93

Mizer et Yellow Boombappgraffiti, rue Delphine Seyrig : 09/06

Le poing tendu des deux athlètes états-uniens aux Jeux Olympiques de Mexico, en 1968, ganté comme pour souligner le trait contestataire de leur geste, le courage qu’il aura fallu à Thommie Smith et John Carlos ! C’est de cet héritage dont les auteurs se revendiquent, celui des droits civiques qui occupent le devant de la contestation aux Etats-Unis, avec la critique de l’intervention au Viêt-Nam. Ce poing levé, c’est donc un lieu de mémoire et un geste fondateur, c’est inscrire en le dessinant aujourd’hui, les luttes anciennes dans le continuum des luttes pour la justice de nos jours. C’est se reconnaître dans une révolte ancienne et manifester que la résistance est toujours, hélas, d’actualité. C’est devenu évidemment le symbole du Black Power pendant les années 70 et par là, se rattacher à la production culturelle de la « Blaxploitation », au « Free Jazz », à la littérature de la regrettée Toni Morrison. On voit la force de cette filiation et c’est la durée de cette insoumission qui force le respect. Et naturellement, le bien-fondé de cette révolte.

@Photo credit: Sigismond Cassidanius

Dylem, rue Delphine Seyrig : 09/06

L’héritage de la ségrégation est aussi fortement évoqué par cette fresque mettant en scène un échange cordial de pruneaux, le policier revêtu de la capuche du Klan, ajuste son tir sur la tête de l’homme noir à genou devant lui, qui lui tend des friandises. Le décor, sur fond de drapeau de la Confédération sudiste accentue encore la violence de la rue. Il marque la césure entre deux mondes, l’un caractérisé par la NRA et la mentalité esclavagiste du Sud galant que chantait Billie Holiday dans « Strange Fruit ». Ce Sud qui cristallise la brutalité de la société états-unienne, comme le policier insensible aux appels de George Floyd, caractérise la violence du racisme. La pièce est sincèrement choquante par la disproportion qui résume bien la réalité, entre un geste qui donne et l’autre qui prend, la vie… L’autre qui offre tout ce qu’il possède, à savoir quelques douceurs sucrées…

@Photo credit: Sigismond Cassidanius
@Photo credit: Sigismond Cassidanius
@Photo credit: Sigismond Cassidanius
@Photo credit: Sigismond Cassidanius

Ardif Street-Art, passage Saint-Sébastien Paris, 11° : 08/06

Le mécharchitecte Ardif construit, pour célébrer la mémoire de George Floyd, une usine à gaz dont la croix portée par lui sévèrement à la bombe, souligne qu’elle est sans issue, sauf fatale

@Photo credit: Sigismond Cassidanius

JR / (Zenith), angle rue Philippe de Girard – rue Louis Blanc, Paris 10° : 08/06

Les Yeux de Adama Traoré et George Floyd sont dans la même photo et donc dans la même lutte. JR se déclare un artiste « engageant » plus qu’un artiste engagé. C’est-à-dire qu’il souhaite nous engager sur la voie de sa réflexion, sans toutefois nous la livrer tout à fait. Il nous appartient de tenir le reste du discours, il est moins dogmatique que problématique. Il pose une question et c’est à nous d’y répondre. Ici, nous sommes interpellés par l’unisson, la convergence des regards qui eux-aussi nous prennent à témoin. Nous sommes tous les témoins des violences faites à l’encontre des deux martyrs malgré eux. Les traits à la bombe exécutés par Zénith sont la réplique des fissures sur le sol où Floyd agonisa.

@Photo credit: Gérard Faure, Zénith fait les retouches)
@Photo credit: Gérard Faure, avec Assama Traoré, la sœur de Adama)
@Photo credit: Gérad Faure, Zenith (Matthias Schoenaerts), JR et Ladj Ly
@Photo credit: Gérard Faure

Boubou Design, peint le portrait de George Floyd avec le revers de sa casquette, Sénégal, Facebook, Instagram, etc : 02/06

Dans le clip où il apparaît, théâtral et déférent, l’artiste africain nous conquiert par la virtuosité de son coup de visière. Une façon de revendiquer la culture des casquettes-baskets, qui sont souvent l’apanage des jeunes dits « des quartiers sensibles ». Sauf que sa casquette est siglée du mot POLICE. Beaucoup d’ironie dans l’œuvre du jeune prodige, designer de vêtements et peintre, donc, spécialiste de la peinture à l’envers. Il nous en donne ici un exemple brillant et vibrant tant par la virtuosité que la sincérité. Dakar n’est pas Paris, mais il y a des ponts entre Paris et l’Afrique, qui nous relient et j’ai pensé que via les réseaux sociaux, je pouvais compter cet artiste dans le paysage parisien.

https://www.facebook.com/watch/?v=697998351037061

Article écrit par:

Sigismond Cassidanius, un artiste polymorphe qui participe à un groupe de collagistes, fait des pochoirs, écrit des textes de présentation d’expositions et anime un groupe dédié au street-art. Il s’intéresse au mouvement des arts de la rue depuis les années 90 où il fonde l’association Jonas qui se rendra publique avec l’occupation du Lycée Diderot (Pole-Pi) en 1995 et la première fresque rue Ordenner, en 1999. Après des études de formation à la connaissance des banlieues en anthropologie ouvrière, il s’oriente vers l’éducation populaire où il commence comme animateur avant d’assumer la direction de plusieurs centre de loisirs dans des quartiers difficiles pendant une quinzaine d’années. Aujourd’hui, il partage sa passion des arts urbains à travers ses visites et son soutien  à la Friche Trois-Couronnes à Belleville.

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